Devant Les Studios à Tours, affiche pour le FICAT 2015

Au Festival International de Cinéma Asiatique

Du 17 au 24 mars avait lieu la 16ème édition du Festival International du Cinéma Asiatique à Tours (FICAT). Je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour voir des films qui n’atterrissent pas en général devant nos écrans, avec les bonnes et mauvaises surprises que ça réserve. J’ai réussi à aller voir trois des huit films en compétition. J’ai raté Sea Fog de Shim Sung-Bo, que j’avais découvert comme beaucoup de personnes avec Memories Of Murder. Mais c’est l’un des films que cette programmation qui bénéficie d’une sortie en salle, donc le rendez-vous est juste retardé. Les films que j’ai vu sont : Busan Flounder Redux de Park Joon Bum (Corée du Sud), Le Chant du Pheonix de Wu Tian Ming (Chine), et Une Histoire Birmane d’Alain Mazars (France/Birmanie).

Le palmarès de cette édition a récompensé trois films :

Prix du jury : Titli, une chronique indienne
Prix du public : Le Chant du phénix
Mention spéciale du jury : Une histoire birmane

 


Voici mes impressions du Chant du Pheonix et d’Une Histoire Birmane. Synopsis par CinéAsia37.

 
Le Chant du phénix (Inédit-Compétition)
Chine – 2013 – 1h41, de Wu Tian Ming avec Tao Zeru, Zheng Wei, Li Mincheng, Hu Xianxu
You Bensheng entraîne son fils Tian Ming auprès de Jiao San le vieux maître de suona, instrument traditionnel de cérémonie, pour qu’il le prenne comme élève. Le maître prendra ensuite un deuxième élève. Lequel aura les faveurs du maître pour être le disciple et transmettre son savoir ? Les temps changent, l’art du suona se perd et l’époque, nous sommes dans les années 90, est dévolue au développement économique et à l’enrichissement personnel.

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Une histoire d’apprentissage, de transmission, voire d’extinction. (Spoilers dans ma critique et la bande annonce.)

Le début du film m’a rappelé un conte. Le maître Jiao San fait accomplir au jeune Tian Ming des taches un peu bizarres avant qu’il ait le droit de toucher à un suona. La pratique de cet instrument et son importance dans la culture chinoise est très soulignée. C’est d’ailleurs quelque chose que je ne connaissais pas avant ce film. L’arrivée de Lanyu, le deuxième élève, continue d’étoffer cette partie apprentissage, mais le film semble passer un autre cap intéressant une fois l’école terminée.

Tin Ming grandi et de nouveaux obstacles apparaissent. La Chine change et la tradition centenaire du suona se perd. Ce n’est plus une activité rentable et ainsi elle n’est plus respectée. L’une des plus belles scène du film est ce repas entre le maître et Tin ming, une scène où un Jiao San ivre rappelle comment les joueurs étaient révérés autrefois. Plus tard, on le voit enfin interpréter le chant du Phoenix avec l’orchestre, devant un public captivé à l’écran comme dans la salle. Son ultime performance finie en sang. Anecdote : On aurait dit une sorte de Whiplash inversé. Les deux films traitent au final des thèmes de la musique, de la vocation artistique et de l’excellence. Le problème de Tin Ming, qui est adressé dans cette scène car il force Jiao San a sortir de sa retraite, est qu’il manque de la rage d’un Andrew.

Mais le film n’est pas borné au point de peindre tout ce qui est ancien comme bon et tout ce qui est nouveau comme mal. Enfermé dans sa tradition, le maître ne sortait plus de son village et ne s’est jamais soigné, ce qui l’entraîne à sa perte. A plusieurs reprises, le film apporte donc une nuance à son propos traditionaliste.

L’un des beaux atouts du film vient de ses paysages naturels exceptionnels et des décors chaleureux de la Chine rurale où l’on passe la plupart de l’action. De toute évidence, le réalisateur fait une ode à l’art et la culture chinoise. C’est un chant du cygne pour le suona et dans la carrière cinématographique de Wu Tian Ming. C’était mon film préféré parmi ceux que j’ai vu au festival, donc je m’allie à ce prix du public !

 


 

Une histoire birmane (Inédit – Compétition)
France/Birmanie – 2014 – 1h32, d’Alain Mazars avec Soe Myat Thu, Shwe Lone, David Nyaung Aung, Thila Min…
Deux histoires s’entrecroisent : celle de George Orwell qui fut policier dans les années 20 en Birmanie et celle des birmans actuels qui affrontent leur passé mais aussi leur présent au contact de la lecture de 1984.
Vision occidentale et vision birmane s’incarnent dans le personnage du roman d’Orwell tout au long de ce voyage méditatif. Documentaire ou fiction ? Le nouveau film d’Alain Mazars brouille les pistes et entraîne le spectateur vers des contrées fantomatiques.

Le film a joué devant une salle casi-pleine alors qu’il était programmé en même temps que les Sept Samouraïs, une valeur sûre. J’interprète ça comme une jolie preuve de curiosité de la part des spectateurs… même si au final j’aurais peut-être préféré d’aller voir les Sept Samouraïs.

Une histoire birmane traite de la vie de George Orwell en Birmanie ainsi que du pays en lui même. La voix d’Orwell sort d’outre-tombe pour observer la Birmanie actuelle en y cherchant parmi la population les archétypes clés de ses livres. Des commentateurs analysent l’oeuvre d’Orwell et son influence sur le pays. Ils abordent les thèmes du colonialisme, de la dictature et de oppression sous ces deux régimes. Mais soudain, certains commentateurs se font acteurs et partent à la recherche d’Orwell sur son trajet birman. D’autres acteurs jouent des passages de 1984, puis jouent les acteurs en train de comprendre 1984. Réalité et fiction se mélangent.

Personnellement, j’ai trouvé le concept assez lassant. Ecouter les témoignages des birmans sur leur pays et leur culture est ce que j’ai trouvé de plus intéressant, j’imagine que je me serais contenté d’un documentaire classique. Au bout du énième “où se cache tel personnage”, j’ai décroché. Surtout qu’ils semblaient tous être des moines, j’ai pas vraiment compris… La cinématographie ne m’a pas rattrapée. Alain Mazars a confié avoir fait ce tournage seul durant un mois puis accompagné d’un ingénieur du son un deuxième mois, ce qui est une performance mais aussi une contrainte. Il m’a manqué une ambiance particulière, un contrôle de la lumière pour raconter quelque chose de plus, pourquoi pas pour accentuer la confusion entre rêve et réalité. Cette image assez brute s’excuse parce que c’est un documentaire, mais personnellement j’ai finis par me perdre à regarder les fenêtres surexposées. J’ai quand même noté la recherche de cadres intéressants pour filmer les paysages birmans : voilà qui nous ramène vers une image plus réfléchie, plus mise en scène (même si un documentaire devrait l’être également). Documentaire et fiction jusqu’au bout, on ne peux pas reprocher au réalisateur de ne pas avoir suivi son concept.

En sortant de la salle, j’ai entendu un débat sur “fallait-il avoir lu 1984 pour comprendre”. Mon opinion est qu’une adaptation filmique a besoin d’être sa propre oeuvre, elle n’a pas à venir avec un flyer du livre. Dans le cas de ce film, ce n’est même pas une adaptation, donc ça n’a vraiment aucun rapport. Si le film ne pouvait pas se donner la peine de concrètement rappeler ce qu’il se passe dans le livre alors ce n’est pas l’échec du spectateur, c’est le problème du film.

Voilà pour cette édition !

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