Logo renard des Compères Production

Entretien : Les Compères Production

Comment mieux explorer Tours qu’en donnant la parole aux tourangeaux ! Artistes, passionnés, entrepreneurs, je vous parle de projets et de personnes qui font une différence dans notre ville.

Aujourd’hui parlons cinéma, avec une association tourangelle jeune mais déjà bien active : Les Compères Production. J’ai rencontré Corentin Camplong, Rémi Raison et Alexandre Grden, tous membre du gang des renards. Mais de quelle espèce avons-nous à faire ? Présentation.

Rémi Raison : L’asso a été crée en novembre 2014. L’idée est parti du premier projet de film qu’on a fait, Quelques gouttes suffisent. Il y a deux choses en fait : On s’est dit, quitte à faire le film, autant structurer la chose, avoir un nom, un logo, une identité. On avait le premier film en tête, mais déjà l’idée d’en faire d’autres derrière. Et on s’est aussi structuré pour aller chercher des financements.

Projet Tours : Qui fait partie de l’association ?

RR : Il y a les trois compères, Jeremy, Corentin et moi. Avec toutes les personnes qui s’ajoutent, on forme le fox gang. Ça veut pas dire qu’il y a une hiérarchie pour autant, on est au même niveau. C’est plus pour nous, ça nous fait marrer.
Corentin Camplong : On a cherché d’autres personnes, d’autres talents locaux qui pourraient travailler avec nous. Comme Alexandre, c’est grâce à lui qu’on a un site internet.
RR : Il est dans le webdesign et il a une technique dans tout ce qui est film, la photographie, il connaît bien le matériel.
CC : C’est un peu un couteau suisse dans l’asso.

Dans le gang, il y a aussi Alix, ancienne stagiaire chargé de communication, devenue membre à part entière. Et Paul, autodidacte, qui fait la musique de leurs films. Sur leur site web, les compères mettent en avant trois valeurs fondamentales pour décrire leur façon de faire.

CC : On cherchait trois mots qui correspondent à ce qu’on veut faire dans nos projets.
RR : “Indépendant”, c’est parce qu’on veut travailler avec notre propre structure et développer nos propres idées, pas proposer notre idée à une société de prod’ pour qu’elle en change la moitié. Si on a une idée on la développe à 100%. “Créativité”, c’est proposer des projets différents et originaux, que ça soit pas du réchauffé. Et “engagement”, c’est plus envers les personnes avec qui on travaille.
CC : Dès qu’on a quelqu’un avec qui on s’entend bien et qui travaille bien, on essaie de le garder. De bosser avec la même équipe.
RR : On cherche à grimper ensemble. Pour les premiers projets, on était tous bénévoles. On avait les sous pour boucler les projets, c’est déjà bien. Si on grimpe et qu’on fait de nouveaux films, parce que les deux premiers marchent bien, alors là tout le monde aura un cachet.

Quelques gouttes suffisent est le premier court-métrage des compères, sur le thème des préjugés contre les personnes d’origines étrangères. Plus qu’un film, un outil de débat et d’éducation durant ses projections. Ce n’était pas forcément l’intention dès le départ, mais une opportunité qui a plu à l’équipe.

CC : Au début j’avais pas obligatoirement pensé qu’on puisse débattre sur le film, j’avais juste les plans en tête, comment je l’imaginais.
RR : Ensuite on a fait appel à un financement qui soutien les projets à caractère social. Quand on les a rencontré, ils nous on dit que ça correspondait parfaitement et que beaucoup de gens seraient intéressés pour en débattre. Quand on nous l’a proposé, on s’est dit “ça se complète”.
CC : Ça nous permet de faire vivre le film le plus longtemps possible.
RR : Et comme on défend ces idées avec le film, maintenant on les défend en direct.

Le film sera projeté dans le cadre de la semaine des préjugés du 1 au 7 novembre, le mardi 3 au Bureau d’information Jeunesse de Tours pour un groupe scolaire, le mercredi matin à Bourges et le mercredi après-midi à 15h au BIJ 37 à nouveau, dans une séance ouverte au public et accompagnée d’un débat.

RR : Le film parle de préjugés liés aux origines étrangères, mais on veut élargir le sujet par rapport au public qu’on a. Il y a des préjugés contre les jeunes, les personnes âgées, les personnes qui recherchent un emploi, les personnes handicapées… Selon le public, on s’adapte. Là on est sur la préparation des projections-débats.
CC : Et on aura une projection aux Studios en décembre.

Le film continue ainsi son parcours depuis sa première projection en avant-première au mois de juillet. Le fox gang souhaite lui créer un site tout particulier pour valoriser toutes les actions liées au court-métrage. On y retrouvera les dates des projections-débats, des photos du tournage réalisées par Alexandre, et d’autres types de contenu.

RR : On va remettre un descriptif sur pourquoi on s’est lancé dans le projet, qu’on avait déjà sur notre Tumblr mais qui n’est plus en ligne. L’idée c’est de dire pourquoi on s’est engagé dans le projet, pourquoi nous on s’est attardé sur des préjugés contre les origines étrangères, alors qu’à première vue on pourrait nous dire que ça nous concerne pas. Pourquoi on s’est engagé dans cette voix là.

 

La deuxième aventure des compères, c’est un court-métrage réalisé pour le Nikon Film Festival dont le thème est “je suis un geste”. Pas froid aux yeux, ils décident d’appeler leur film Je suis nazi.

CC : On a eu l’idée de faire l’invention du salut nazi par le service de communication d’Hitler, sous peine d’être exécuté.
RR : En gros c’est deux personnages qui doivent trouver un geste pour sa campagne, et l’idée c’était de grossir les traits, de par la situation, et en les faisant tester n’importe quoi. On a aussi grossi les traits avec les personnages. Le premier, il est peureux, c’est un imbécile heureux. Et il y Anna, la secrétaire, qui les contrôle.
CC : On voulait aussi mettre un premier projet en ligne. Comme Quelques Gouttes Suffisent ne peut pas être en ligne tout de suite, les gens qui nous suivent depuis un an attendaient de voir quelque chose. On avait déjà fait une avant-première mais tout le monde n’avait pas pu venir.
RR : On l’a fait un peu en one shot. On a eu l’idée en août et après ça a été tourné en un week-end, monté, et en ligne. Actuellement c’est le plus vue après presque deux semaines, ça nous a fait une bonne mise en avant. Et même au niveau local, ça nous a permis de nous présenter à d’autres médias, de présenter le projet.

Deux minutes 20 pour tourner en dérision un sujet aussi grave, un pari osé et très délicat qui pourrait choquer les sensibilités et le jury du festival. J’en ai profité pour demander à l’équipe de me ré-expliquer le film, que j’ai eu du mal à comprendre au premier abord. Comment les personnages finissent-ils par arriver au geste controversé ?

CC : Ça va très vite. Ils sont menacés d’être exécuté par Hitler. Quand l’un d’entre eux fait le salut, c’est le geste du condamné, il le fait sans y penser. Et du coup à cause de lui, ils inventent le salut nazi.

Projet Tours : C’est intéressant sous cet angle là, c’est son geste de condamné est pris pour un geste condamnateur par Anna, et du coup devient macabre. C’est à l’envers.

CC : Le titre a fait pas mal polémique. C’est normal, on s’y attendait. Bon, ensuite on sait que ça a été inventé au temps des romains, on sait que ça n’a rien à voir. C’est hyper court, on a pas le temps de développer le sujet. On a lu “le sujet n’est pas assez développé”, bah oui ! C’était plus un pari. On s’est dit qu’on allait s’amuser sur un geste qui a marqué l’histoire. On aurait pu rester sur une thématique similaire à Quelques Gouttes Suffisent mais on s’est dit qu’on allait faire un truc qui n’a rien à voir. Et le troisième court métrage n’aura rien à voir non plus. On veut faire de la science fiction. On veut faire des trucs complètement variés.

Bien de leur époque, le gang des renards est évidement sur les réseaux sociaux : un lien avec leur communauté qui a commencé dès le premier jour.

CC : On communique autour du renard, qui est notre logo. C’est un animal sympa qui nous permet de fédérer les gens autour de nous.
RR : On a fait voter les gens pour lui donner un nom. Pour l’affiche de Quelques Gouttes Suffisent, on avait le choix entre deux affiches donc on l’a fait voter.
CC : On fera voter le nom d’un prochain court métrage.
RR : On essaie d’inclure les gens dans nos projets. L’idée c’est de le faire au fur et à mesure parce qu’un jour je pense qu’on va passer par le crowdfunding, c’est aussi amener les gens à ce niveau d’engagement.

En attendant, il font gagner des peluches de renard sur Facebook et tiennent aux courants leurs fans de leurs avancées. A la veille de leur premier anniversaire, le fox gang se projette déjà bien au delà.

CC : Ça serait bien qu’on garde ce créneau de deux films par an.
Alexandre Grden : Mais après ça va aller beaucoup plus vite ! Pour l’instant on est bloqué par l’absence de matériel, pas l’absence de temps. Il y a toujours du temps !
CC : On trouve toujours qu’on va pas assez vite. Par exemple pour Quelques Gouttes Suffisent on a tourné à la cathédrale et c’était long d’obtenir le permis. On a tourné dans le métro de Rennes et c’est pareil. Tout ce qui est administration, c’est très long.

Projet Tours : Et pour 2016 alors ?

CC : On veut continuer à faire minimum deux court-métrages par an, sur des thèmes complètement différents. Pour l’instant, on veut pas trop en dévoiler.
RR : L’idée c’est de monter, de toujours faire mieux, de travailler avec des budgets de plus en plus conséquents, de progresser. Là on travaille en interne pour préparer les dossiers de financement. C’est quelque chose qui n’est pas visible mais dont on s’occupe. Il y a des choses à affûter au fur et à mesure des courts métrages, pour arriver à un long. Tu veux le faire dans combien de temps ?
CC : Dans trois ans.

Pour l’instant, les Compères essaient d’amener leur cinéma tourangeau au reste de la France.

RR : On veut le faire avec Quelques gouttes suffisent via les festivals. On a été récompensé dans le festival Tournez Jeunesse à Monistrol sur Loire. Là, on a été sélectionné à un deuxième qui est près de Versailles. Ça nous permet de sortir de Tours, de nous confronter à un public qu’on connaît absolument pas et à ce qui existe, de voir ce qu’il nous manque. Et on se fait un réseau petit à petit.
AG : Les festivals c’est un lieu de rencontre, il y a toujours des producteurs, des gens qui travaillent dans le milieu.

En parlant de projection, j’en ai profité pour demander au fox gang quels films il fallait aller voir cette année, à part les leurs évidement.

AG : Mad Max : Fury Road.
RR : Star Wars Episode 7.
CC : Le dernier que j’ai vu on va dire, Sicario.

Projet Tours : Et pour finir, la question traditionnelle du blog : Quel est votre lieu fétiche à Tours ? Ou si vous ne viviez plus ici, qu’est-ce qui vous manquerait ou vous donnerait envie de revenir ?

AG : Ça dépend de quoi on parle ! Pour un café, c’est l’Instant Ciné, pour un burger ; Frenchy’s Burger…
RR : Le vieux Tours.
CC : Le pont bleu (ndlr. alias le pont de fil). Quand je rentre de Rennes le vendredi, j’arrive le soir, et depuis le pont mirabeau quand je regarde sur la droite, je vois le pont bleu. J’aime bien le bleu !

Sur cette réponse de cinéaste et sur cette image, merci au fox gang d’avoir répondu à mes questions !

 

Les liens : Site web / Facebook / Twitter
Voir leur film au Nikon Film Festival

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