Raquele Magalhães et sa flute

Raquele Magalhães, directrice artistique d’ATours de Notes

ATours de Notes est une saison musicale organisée à l’abbaye de Marmoutier par l’association A Fleur de Notes, une association francilienne créé en 2009 qui organise des concerts et des ateliers pédagogiques. La saison est présentée en partenariat avec l’Institut de Marmoutier et la toute nouvelle association ATours de Notes, créée localement pour reprendre les rênes des saisons culturelles à venir.

A Fleur de Notes a un rêve : organiser un festival itinérant dans des collèges et lycées européens. Plusieurs musiciens iront d’un établissement à l’autre, le long de la via Sancti Martini, apprenant aux élèves une chanson composée dans un autre pays par une autre classe, et composant avec eux une nouvelle chanson à transmettre à la prochaine étape. Un projet ambitieux, qui a besoin de temps pour se réaliser. Pour l’instant, l’association fait ses preuves en programmant une saison musicale au point de départ de ce voyage, Marmoutier.

A l’occasion de leur dernier concert en janvier, j’ai rencontré Cédric Thiollet, membre fondateur et trésorier d’A Fleur de Notes, et Rémy Cardinale, pianiste, qui jouait ce soir là avec Magali Léger un récital d’œuvres françaises de la fin du XIXème. Un autre article sera dédié au concert en lui-même. Mais avant ça, j’ai eu la chance de discuter avec Raquele Magalhães, directrice artistique de la saison et flûtiste à la carrière internationale et au parcours riche que je ne me risquerais pas à résumer. Elle m’a parlé de son expérience en tant que directrice artistique.

 

Raquele Magalhães et sa flute
Raquele Magalhães – Crédit photo : Lyodoh Kaneko


Comment êtes vous devenue directrice artistique d’ATours de Notes ?

A Fleur de Notes a été créée par un nombre d’amis musiciens dont je fais partie. Pendant un moment, on travaillait plutôt en équipe [pour la direction artistique]. On avait constitué un petit comité artistique de trois personnes pour les projets qu’on menait à Paris, et je participais toujours aux décisions. Quand on a eu cette opportunité d’aller à Tours pour créer les saisons, la direction artistique s’est imposée à moi naturellement. J’avais très envie de le faire ! Tout le monde était d’accord et c’est comme ça que l’aventure a commencé.

 

Comment est-ce différent de votre travail en tant qu’artiste ?

C’est très très différent ! Être directrice artistique, c’est donner une ligne, les impulsions artistiques. C’est très prenant mais passionnant. D’abord, parce que je peux exprimer mes envies musicales différemment qu’avec mes propres instruments, qu’avec le répertoire de la flûte, dont j’ai l’habitude. Je dois chercher ailleurs pour exprimer cette sensibilité. J’aime avoir une programmation assez éclectique, qui ne reste pas que dans la musique classique, qui va chercher un peu dans le jazz, dans la musique du monde… Je dois trouver un équilibre entre ça, l’aspect vocal, la musique de chambre et la musique classique. Après, on doit toujours faire attention à ce que le public attend, et penser aux projets pédagogiques. Tous les projets pédagogiques développés en parallèle des concerts sont liées aux thématiques des concerts. Donc quand je propose un programme ou un artiste, il faut que je sache qu’il y aura un projet pédagogique derrière et où je vais aller. Donc c’est une combinaison de plusieurs choses. On a aussi des contraintes logistiques, qui ne sont pas non plus négligeables.

Logo de l'association A Fleur de Notes, organisauters de ATours de Notes

C’est la première fois qu’une saison A Fleur de Notes a lieu à Tours et la première fois que Raquele se prête à l’exercice. Quand j’interroge Cédric Thiollet, il est admiratif : « C’est un travail titanesque. Le boulot du directeur artistique dans une petite structure comme la nôtre est de construire un chemin musical et une proposition qui a du sens. Il faut aussi monter tous les dossiers monstrueux pour aller chercher des financements. Raquele fait tout ça en tant que bénévole. À côté de ça, elle est enseignante, elle fait des cachets dans des concerts à travers l’Europe, elle a des concerts de chambre pour promouvoir son dernier disque. C’est énormément de travail. »

 

Comment a été pensée cette saison culturelle ?

Dans la saison, on essaie de valoriser les talents locaux. Cette année, il y aura l’ensemble ElaNaveva avec des musiciens. Il y a aussi eu Ciné-Off, une association tourangelle qui est venue pour le premier concert et qui a participé à la projection d’un film. Et pour la prochaine saison j’ai déjà prévu pas mal d’ensembles de Tours. Ça me demande beaucoup de recherches pour savoir ce que je vais proposer, quel programme je peux imaginer.

 

Vous ne programmez pas que de la musique, vous parliez de cinéma mais il y a aussi de la peinture…

Oui, notre premier concert était un ciné-concert. Deux artistes sont venus improviser sur un film d’Ozu, un film muet de 1934 avec une ambiance très particulière. C’était très beau. Et au mois de mai, on fera un concert avec une peintre sur scène. C’est une peintre lyonnaise, Bena, qui va intervenir avec nous sur une création contemporaine du compositeur Pierre Farago.

 

D’où est venue l’envie d’ajouter d’autres performances artistiques à une saison musicale ?

Ca faisait partie de l’idée de départ de l’association A Fleur de Notes. Pour nous, il y a deux choses qui sont très importantes : la transmission et la transversalité artistique. Faire le maximum pour toujours avoir un lien avec le théâtre, la peinture, la danse, le cinéma, la littérature… Par exemple, le concert du 19 janvier avec Rémy Cardinale et Magali Léger est autour de poésies françaises. On essaie d’exploiter la musique dans des formes très variées, parce que son empreinte artistique est beaucoup plus vaste que ce que l’on imagine.

 

Raquele Magalhães et sa flute
Raquele Magalhães – Crédit photo : Lyodoh Kaneko

 

Dans l’idée de renouveler le public et d’intéresser des personnes qui n’écoutent pas que, voire pas de musique classique, je me suis amusée à retourner la situation et à demander à Raquele, mais aussi Cédric Thiollet et Rémy Cardinale, ce qu’ils écoutaient à part de la musique classique.

 

Raquele pense à la musique de sa jeunesse : “À la maison, quand je rentre du travail, c’est pratiquement que de la musique classique, d’orchestre ou de chambre. Mais j’ai besoin d’écouter autre chose que de la musique classique. J’écoute énormément de musique brésilienne. Je suis d’origine brésilienne, c’est ma musique, que ce soit la samba, la bossa nova, et même le choro, plus traditionnel. J’écoute aussi un peu de musique pop, mais plutôt des années 80. Ça fait partie de ma jeunesse ! On a besoin de chansons qui nous touchent et nous rappellent nos souvenirs, des moments de notre vie, c’est ça la musique. Et puis j’adore le jazz, je suis passionnée par ça. Dès que je peux, j’en écoute avec plaisir.”

 

Pour Rémy Cardinale, le classique est une vocation : “Je vais paraître totalement non ouvert, mais la musique classique est déjà très vaste, c’est un projet qui peut prendre plusieurs vies. Ce n’est pas que je suis réfractaire aux autres styles mais je n’y connais strictement rien. Je suis assez monomaniaque et obsessionnel. Le style classique qui va du début XVIIème au XXème me prend toute mon énergie et tout mon intérêt. À côté de l’exotisme de Raquele, je vais être d’une platitude absolue. Je suis tombé dans l’art classique relativement jeune. C’est une passion absolue et dévorante, et je ne m’en plains pas.”

 

Enfin, Cédric Thiollet a de loin le parcours le plus éclectique  : “Le classique est rentré dans ma vie à l’âge de 23 ans. Avant ça j’écoutais beaucoup de techno, de trans, de trip hop, et je reste toujours très sensible à ça. Avec le temps, je suis devenu sensible à tout ce qui est rap, au point de concevoir un projet pédagogique fait de baroque et de slam, le slam comme résultat d’une écriture poétique. Évidemment, j’écoute aussi du bon jazz, du jazz fusion. Je vais avoir plaisir à écouter toute la bonne musique américaine des année 60 et 70. Je n’ai pas de religion, je vais vers ce qui me parle. Je veux faire évoluer la perception élitiste que nous sommes nombreux à avoir au sujet de la musique classique. Pour moi, la musique est juste un vecteur d’émotions, peu importe le genre. On peut avoir un très grand plaisir de nature différente avec de la musique classique ou de la techno, tant que la qualité est au rendez-vous.”

 

A suivre dans la programmation d’ATours de Notes, le 9 février à l’abbaye de Marmoutier : “Le Perce Neige”, un concert du chœur ElaNaveva, avec la participation d’élèves du collège Jacques Decour à Saint-Pierre-des-Corps et du Lycée Grandmont à Tours.
Plus d’informations sur la page Facebook ATours de Notes

 

Retrouvez l’actualité de Raquele Magalhães sur son site officiel

Photos : Lyodoh Kaneko

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